La Coopérative Intégrale, ou comment s’autogérer à grande échelle

Publié le 16 Octobre 2013

Article de Sébastien, suite à son week-end à Montbrun-Bocage :

La Coopérative Intégrale, ou comment s’autogérer à grande échelle.

Du 10 au 13 octobre, a été organisé l’évènement « Faîte du partage », à Montbrun-Bocage, en Haute-Garonne, village en bordure de l’Ariège. Cet évènement a été poussé par l’association « Maison de Montbrun », qui milite activement pour les alternatives de toutes sortes et ayant déjà organisé au printemps dernier un « week-end anti-crise ».

À cette occasion, j’ai rencontré Carlos, de la Coopérative Intégrale Toulousaine.

« Une C.I. est un modèle pour favoriser et généraliser les pratiques d’autogestion et d’auto-organisation sur base locale dans l’époque actuelle de transition et de sortie du capitalisme. »

Ce qui a motivé sa création est le succès incroyable de la Coopérative Intégrale Catalane, qui comporte plusieurs milliers d’adhérents, dont certains sont totalement insolvables dans le système actuel, et pourtant ils sont logés, nourris et participent activement à la vie de la communauté, dans la plus grande dignité. À l’image d’un de ses fondateurs, Enric Duran, qui a « taxé » par des astuces près de 500.000€ au système bancaire, ce qui lui vaut d’être recherché par la police.

Leurs valeurs de base sont très simples : partage, respect de l’individu, respect de l’environnement, résilience maximum. Leur lien avec Toulouse en Transition est très fort.

Concrètement, comment est gérée cette structure ?

Une association de Loi 1901 sert de base au projet. En son sein sont définies les règles de gouvernance basées sur l’autogestion, le consensus et la subsidiarité.
Mensuellement, une Agora est organisée où tout un chacun peut assister et s’y exprimer. On y décide quels sont les projets sur lesquels travailler (logement, transport, alimentation, …), des groupes de travail, appelés groupes d’actions autonomes, se créent spontanément afin de répondre à ces questions. Chacun étant libre à tout moment de participer ou quitter un groupe. La seule contrainte est rédactionnelle : chaque groupe à l’obligation d’avoir un secrétaire qui rapporte au secrétaire général de l’Agora (les nominations se font sur une base de volontariat avec le consentement des autres membres).

Des règles strictes, définies dans la « Constitution » ou Charte de l’association, édictent comment est prise la parole dans le respect de chacun. Par exemple, le rôle de recadrage (médiateur) permet de gérer la réunion ; des observateurs analysent l’interaction entre les personnes, et celui qui parle le plus (ou le plus facilement, maîtrise de la rhétorique) a moins droit à la parole que les autres.
De la même manière, afin d’éviter d’occuper l’espace sonore, une gestuelle a été mise au point : lorsqu’on ne comprend pas quelque chose, pour inviter à reformuler, pour demander à exprimer une objection, pour signaler une digression, etc…

Parmi les groupes d’actions autonomes, il y a celui de l’alimentation en circuit court. Un système de livraison circulaire est mise en place (le camion de livraison ne doit jamais être vide). Un fournisseur peut être également consommateur, facilitant les échanges. Ceux-ci sont payés au moment du retrait de marchandise (centrale d’achat autogérée) et les livraisons sont réglées de suite.

L’approvisionnement personnel se fait de trois manières en fonction du type de marchandise. On considère qu’il existe un socle de base alimentaire qui ne peut être soumis à l’économie car il est vital. Le paiement est donc effectué en monnaie sociale, via le travail fourni par la personne au sein de la C.I. Pour les autres paiements, cela dépend de l’origine du produit. S’il vient de l’extérieur de la C.I., le paiement se fera en €uro. S’il provient de l’intérieur, il sera payé en monnaie complémentaire (monnaie locale).

Pour quelqu’un qui aurait une activité professionnelle au sein de la C.I., elle sera rémunérée (on parle d’assignation publique) à 50 % en €uros et 50 % en monnaie complémentaire. Pour éviter la capitalisation sur la monnaie locale, le seuil maximum de monnaie correspond à ces 50 %. Par exemple, pour 500 écobasics mensuels, si vous en dépensez 200 dans le mois, au moment d’être payé, vous ne recevrez que 200 unités de plus, de sorte à avoir un solde de 500 écobasics au moment de la rémunération mensuelle.

La mutualisation des ressources est centrale et permet notamment de créer, au sein de la CIC, une Coopérative d’Autofinancement (gérée en assemblée, basée sur l’épargne mais ne capitalise pas ; finance les projets collectifs, comme le logement), une Coopérative de Logement (la CIC est propriétaire d’un parc immobilier qu’elle loue aux adhérents), une Coopérative de Construction (gère les chantiers de restauration et/ou construction de logements à destination de la Coopérative du Logement), Coopérative de Santé (centre de soin gratuit, pharmacie, etc…), …

L’idée de pouvoir vivre pleinement au sein d’une communauté, dans la dignité, hors du système capitaliste mondial est très séduisante.

Les questions comme les transports doux, l’énergie, les jardins partagés, l’habitat écologique sont abordés quotidiennement et font partis des objectifs de la C.I. : vivre la Transition, sans attendre.


@+

Sébastien

Sébastien est "transitionneur" au Puy-Sainte-Réparade. Il porte un projet de jardin partagé et également d'éco-hammeau. Pour plus de renseigments, déposer un commentaire ici.

Rédigé par Pertuis Territoire en Transition

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